BLog sur l'Art Contemporain - Université Paris VIII
6/10/2007
Reflexion : colloque Euréka
Après avoir assisté au colloque Euréka, une petite réflexion sur le statut de l’œuvre d’art en tant qu’invention s’impose.
Voici le point de vue en substance de François soulage, philosophe et directeur de l’équipe de recherche AIAC (Arts des images et art contemporain) de Paris8 :
Il ne faudrait pas confondre découverte et invention. Alors que la découverte est un événement soudain qui se manifeste à tout individu (la découverte d’une pièce de monnaie, l’invention de la photographie) l’invention , elle , serait le résultat d’une longue préparation ou d’un processus qui serait déjà inventé , avant d’inventer le résultat. D’ailleurs, l’atome même serait une invention de l’esprit plus qu’un corps réel. On peut l’imaginer mais pas le voir; on peut le déduire d’un processus et de données. Mais jamais on ne pourra le découvrir, comme on découvre une boutique de percing au coin de la rue.
A cela , le dictionnaire répond : « Découvertes, inventions qui ont constitué une révolution dans l'ordre des connaissances du monde et de l'utilisation des forces naturelles. » Il ne fait donc pas , ou beaucoup moins la différence entre les deux termes. Tandis que dans l’encyclopédie universalis, on rejoint l’idée de François Soulage : « L'invention est l'acte de produire par ses propres moyens un élément, un objet ou un processus original ; plus généralement, de produire ou de créer en utilisant son imagination : inventer une machine, inventer une histoire. ».
Mais pourquoi se disputer pour savoir s’il y a une différence ou non ?
Si l’œuvre d’art est belle et bien une invention, et non une découverte, elle serait donc le résultat de l’invention préalable d’un processus. La contact du pinceau de l’artiste sur une toile serait avant tout la finalité d’une réflexion ou d’une perception acquise au fil des ans, tandis que la découverte ne nécessiterai pas de qualité particulière.
Quand on rencontre une œuvre d’art, on se pose souvent les questions :
« Combien de temps cela a-t-il pris ? Comment est-ce que c’est fait , et est-ce que moi aussi je peux le faire? ».
On se demande en fait « Est-ce que c’est une invention ? »
Et peut être finalement, fait-on le lien quelque part, inconsciemment entre cette invention scientifique qui sert à quelque chose et ces œuvres-inventions qui ne servent à rien. Peut être cherche-t-on une utilité, une beauté, un sens qui n’existent que lorsque l’objet se présente sous cette forme d’invention.
« L'art et le métier ne sont pas deux choses séparées. Invention et génie ne peuvent se passer ni de savoir ni de méthode. » Jacques Copeau.
« C'est seulement dans l'imagination des hommes que chaque vérité trouve une existence réelle et indéniable. L'imagination, et non l'invention, est le maître suprême de l'art, comme de la vie. » Joseph Conrad.
Créer, inventer, découvrir… Comment en arrive-t-on à faire éclore la nouveauté ? Les artistes et les chercheurs scientifiques rencontrent-ils le même genre de problèmes dans leurs recherches ? Pour tenter de mettre en lumière ce moment de l’invention, notre équipe de recherche – Arts des images et art contemporain (EA 4010) – organise, en partenariat avec l’ESPCI, un colloque réunissant des artistes et des scientifiques, des historiens et philosophes, spécialistes de l’art et des sciences, des chercheurs en sciences cognitives… pour confronter leurs points de vue, témoignages et interrogations épistémologiques. Cette rencontre donnera lieu à publication et se conçoit comme la première étape d’une réflexion appelée à se poursuivre en 2009 sous la forme d’une exposition.
Ainsi, en ce premier Juin, nous nous sommes rendus à ce colloque histoire de nous faire une idée sur ce débat qui tourne autour de la notion d'invention et qui se déroule à l'Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielles de Paris.
Détruire
La première personne que nous entendons est Anne-Valérie Gasc, une artiste passionée par la démolition d'immeubles qui monta une exposition avec un happening sortant de l'ordinaire : la démolition d'une tour. Dés ses premières paroles, l'arstiste nous dévoile sa grande passion pour la démolition des tours d'habittion. Nous explicant tous les détails techniques lors de ces procedés ( murs d'amortissement, explosifs utilisés etc.. ). Le dépliant qu'elle nous propose pour nous guider au sein de son expo nous plonge, à lui seul, dans l'univers de la démolition, celui-ci etant une notice nous expliquant les regles de securité lors d'une démolition.
Le happening en question représente une démolition. La tour elle, de quelques mètres de haut est constituée de pneus, empilés les uns sur les autres. Quelques secondes avant l'explosion, une alarme retentit. Puis.. BoOM ! Des confétis sont projetés en l'air et une fumée blanche s'échappe au pied de la tour. Au cours de ce vernissage un paramettre de securité fut installé, afin de reproduire le contexte d'une véritable demolition. Sur les murs de la pièce des images, aux couleurs inversées, sont dispersées de manière à symboliser une onde de choc. sur ces images nous pouvons distinguer des immeubles enflamés.
Cette mise en scène, nous renvoie à un fantasme de destruction qui cependant reste en décalage par rapport à la réalité. Effectivement, lors de l'explosion, la tour ne s'éffondre pas mais projette en l'air des confétis, ressemblant à des pétales de roses rouges, donnant ainsi au happening une dimention humoristique, tout en gardant le côté sérieu de l'idée d'origine. ( Les pétales de rose nous rappellent une séquence du film "American Beauty", il s'agissait là aussi d'un fantasme, revé par le personnage principal... )
Les différentes réactions des spéctateurs ( humour, énervement .. ), présents à l'expo, nous conduisent à nous interroger sur les différentes interprétations possibles d'un tel happening. Aprés tout, fantasmer sur l'explosion d'un tour, de nos jours peut âtre interpreté trés négativement, vous imaginez un tel happening dans un musée à New York ?
Cependant l'idée princiapale soulevée ici est celle d'un besoin de deconstruction, de destruction pour arriver à une invention.
Bugs et Plantages
L'intervenant suivant est Bertrand Planes. Un ancien programmateur qui nous raconte comment il en est arrivé à créer des "logiciels" (appelons les ainsi pour pas rentrer dans un Jargon trop Geek ^^) ayant pour but de déformer, détruire les images, au lieu de les reconstituer. Tout a commencé à l'époque ou la programmation stagnait et ou le besoin de dépasser les capacités d'un ordinateur se faisait ressentir. Ainsi, les Codecs sont apparus sur la toile.
Les Codecs, sont des petits programmes qui servent à compresser/decompresser des fichiers Vidéo ( Pour avoir des fichiers moins volumineux et gagner de la place tout simplement ), ils sont indispensables à la lecture d'un fichier vidéo (piraté dans la plupart des cas, d'ou ce besoin d'avoir des fichiers moins lourds). Il se trouve que les Codecs agissent en découpant les séquences vidéo en plusieurs parties puis effacent les parties qui restent immobiles à l'image ( comme les décors par exemple ). Il se trouve également que parfois les codecs "buggent" et rendent l'image completement degradée, destructurée, cassée.. Un effet négatif et non voulu biensûr que chaque personne qui possede un ordinateur à du observer, malgré lui, au moins une fois dans sa vie.
Le travail de cet artiste, fut donc le suivant : créer un Codec ( sur la base d'un des Codecs les plus connus des internautes rebelles : le codec DivX ) qui génère des dégradations volontaires de l'image. Son nom est Divx Prime et il désordonne, boulverse les différentes séquences d'une vidéo afin de lui donner cet aspect "Buggé", agaçant et irritant, qu'on aimerait tous éviter de voir.
Ainsi donc, ce Codec à pour but ( en plus de celui de pourrir un film ou faire une blague à un ami qu'on aime vraiment pas ) de réveler la "matrice", et d'utiliser la complexité de l'algorithme a des fins graphiques.
Mr. Planes nous explique que ces imperfections, que l'ont peut appercevoir sur nos écrans d'ordinateur ( ou de télé numérique ) sont une des caractéristiques du cinéma de notre époque. Comme à pu l'être le cinéma en noir et blanc par exemple, qui est aujourd'hui vu d'un oeil nostalgqiue. Ces bugs de compression vidéo pourraient bien être ce qui plus tard nous rappellera les bons vieux DivX piratés de notre jeunesse.
Félix Gonzales Torres (1957-1996) est un artiste cubain influencé par les mouvements Art minimal, et Art conceptuel.
En effet l’aspect formel de ses œuvres est d’une simplicité déconcertante et la présentation est hérité des minimalistes et conceptuels américains des années 1960-1970, (Joseph Kossuth).
Cependant, à l’inverse de ses prédécesseurs, Félix Gonzales Torres n’a pas cherché dans le minimalisme juste l’aboutissement formel, ce qui l’intéressait, c’était le contenu, le sens.
Dans ses œuvres, l’artiste combine subtilement expérience personnelle, réflexion sur l’art et prise de position politique. Il a fait de l’art et de sa position d’artiste l’expérience de la réalité de sa propre vie à l’intérieur de la société.
Son œuvre se construit autour de trois sujets ; politique, corps et romance.
Avec le premier sujet, politique, l’artiste insinue de façon indirecte dans ses sous-titres des connotations de critiques sociales et politique, comme pour inclure dans l’œuvre, les raisons d’un combat pour la justice. C’est ainsi qu’en 1991, il exhibe une œuvre composée de quelques centaines de kilos de bonbons à la réglisse en forme de projectiles remettant ainsi en question la validité de l’opinion publique des Etats-Unis.
Le second sujet, c’est le corps. Ce sujet évoque l’entropie du corps, la maladie, le SIDA dont l’artiste se savait atteint. Certaines de ses œuvres incarnent cette lente destruction du corps.
Enfin le troisième sujet, la romance, évoqué comme rapport à l’autre, l’être aimé.
Ces trois parties, catégories sont énoncées directement par l’artiste. En distinguant ces trois catégories premières, il a mis l’accent sur l’importance et la pertinence qu’il accordait à ces trois sujets.
Nous pouvons constater qu’ils émanent directement de la vie de l’artiste et sont même calqués sur elle. Un des traits primordiaux de son travail se trouve dans le refus de la signature et de l’absence de titres. En effet accompagnant la plupart de ces œuvres, il met seulement un sous-titre entre parenthèse comme seule indication. Un autre refus de Gonzales Torres se trouve dans la saturation de l’espace. Il aimait en effet exposer dans des espaces intermédiaires, à la base pas destinés à accueillir des œuvres (escaliers, cafétéria, bureau…). Enfin, en sachant que son œuvre allait disparaître et comme pour la faire renaître, il fait intervenir le spectateur. Avec ses œuvres faites de bonbons, le spectateur peut se servir librement et intervient ainsi dans l’œuvre. Il n’est plus au rang de spectateur et devient acteur.
Le travail de Gonzales Torres comporte alors plusieurs éléments. Tout en fabriquant des pièces d’une simplicité formelle, il réussit à imposer un lyrisme et une grande poésie dans ses œuvres.
Bon depuis le temps que l'on en parle, et bien voici une vidéo de présentation d'une partie de son travail. Puis vous verrez deux tutoriaux de ses oeuvres, un texte plus complet sur le personnage suivra certainement plus tard.
Ce questions/réponses n'est pas de moi mais il permet de mieux connaître l'artiste, (bonne lecture).
Comment est née votre vocation d'artiste ?
Grâce à la science-fiction. Un jour au collège, j'ai choisi de faire un exposé sur ce sujet, et dans mes recherches, je suis tombé sur le projet d'adaptation de "Dune" par Jodorowsky. Ce dernier avait engagé nombre d'artistes dont "le" spécialiste des vaisseaux spatiaux du moment, Chris Foss. J'ai été subjugué par le réalisme de ses dessins et sans penser une seule seconde à devenir illustrateur, je me suis mis à copier ses œuvres frénétiquement. Puis de fil en aiguille, le métier est né. En créant mes propres vaisseaux, j'ai commencé à maîtriser la technique du dessin, de la mise en pages et de la perspective…
Vos parents vous ont-ils encouragé dans cette voie ?
Il n'y a eu aucune réticence de leur part. Comme tous les parents, ils étaient juste inquiets de savoir ce que j'allais faire plus tard. À partir du moment où ils ont compris que c'était ma voie, ils ne m'ont jamais freiné, au contraire. À cette époque, la publicité était en plein essor. Cela avait plutôt tendance à les rassurer…
Puis vous rentrez à l'école Duperré ?
Pas tout à fait. Comme j'avais raté mon bac et que cette école l'exigeait, je suis parti faire mon service militaire en 1982 et j'ai repassé cet examen en candidat libre. Puis, j'ai réussi le concours d'entrée. En quatre ans, j'ai obtenu le BTS expression visuelle, puis le diplôme supérieur des arts appliqués à l'école Estienne.
Quels souvenirs retenez-vous de ces années ?
Cela m'a permis de rencontrer des amis que je fréquente toujours et des professeurs qui m'ont beaucoup apporté. En particulier Georges Pichard, alors professeur d'arts graphiques à Duperré. C'était un homme bon et tout le monde l'appréciait et le respectait. Ce qui m'avait fasciné à l'époque, c'était l'écart qu'il y avait entre cet homme distingué et son œuvre franchement érotique. Après mes études j'ai continué à lui rendre visite pour lui montrer l'évolution de mon travail. J'étais toujours impressionné par la justesse de ses jugements et surtout par le tact avec lequel il prodiguait ses conseils.
Quel style aviez-vous ?
J'ai continué dans la voie du réalisme. C'était l'âge d'or de ce style avec des personnalités comme Pierre Barraya, Pierre Peyrolle, Jean-Paul Goude, Jean Lagarrigue… Mon niveau technique m'a permis de commencer à travailler durant mes études pour l'édition. J'ai réalisé des couvertures pour Denoël et J'ai Lu.
En marge de cette production, je crois savoir que vous avez beaucoup travaillé pour la publicité ?
À la sortie de l'école, je me suis spécialisé dans le packaging. J'ai dessiné des centaines de petits gâteaux, glaces, fruits et légumes, etc. Il faut savoir qu'à cette époque tout se dessinait. La photo n'était pas encore omniprésente…
C'était en quelque sorte vos gammes ?
Absolument. On ne pouvait pas se contenter d'un à-peu-près car c'est le client qui décidait au final. On savait que si le travail n'était pas bien fait, le dessin allait nous être retourné. Alors, il fallait être bon de suite, tout en restant efficace. La crise, et l'arrivée simultanée de l'illustration numérique et des banques d'images libres de droits ont marqué la fin de cet âge d'or.
Vous vous êtes alors tourné vers les pin-up ?
Petit à petit, j'ai mis de plus en plus de personnages dans mes dessins. Les pin-up, je les faisais pour moi. J'ai toujours été amateur, mais en tant que dessinateur, j'ai mis des années avant d'arriver à produire quelque chose de correct. Au début, c'était seulement un sujet comme un autre. C'est lors de la mise en chantier d'un calendrier que je me suis pris, peu à peu, au jeu. Le sujet était des filles nues avec des chaussures noires et le titre était tout naturellement Black Shoes. Mais aucun éditeur n'a pris le risque de le publier.
Quels étaient vos maîtres à ce moment-là ?
Aslan, George Petty et surtout Alberto Vargas. Je me servais de photos trouvées dans des magazines comme documents. Mais je me suis aperçu qu'à trop s'en inspirer on ne progresse plus. Je mettais parfois plus de temps à chercher des documents photo qu'à peindre. Je les détournais, mettant bout à bout, la pose d'un modèle avec les mains ou le visage d'une autre, et les tenues d'une troisième… Alors j'ai décidé de faire poser mes propres modèles.
Qu'en avez-vous retiré ?
J'ai progressé de manière spectaculaire. Enfin, j'avais un parfait contrôle de l'image : je choisissais les modèles, les poses, l'éclairage, etc. Je devenais le créateur de l'image à cent pour cent.
Etes-vous un photographe qui peint ou un peintre qui photographie ?
J'utilise tout simplement les moyens que je juge utiles pour atteindre mon but : un idéal de beauté et de perfection. Ce qui m'intéresse, c'est d'être le maître de chaque centimètre carré de mes œuvres, depuis la création du concept jusqu'à son exécution. Le modèle est la seule personne qui interfère avec mon art. C'est une sorte de collaboration entre quelqu'un qui regarde et quelqu'un qui se montre…
Justement, que répondez-vous à ceux qui considèrent que cette quête de perfection déshumanise la femme et que, de fait, vos modèles manquent de sensualité et de séduction pour ne devenir que des sortes d'icônes ?
Même si je ne suis pas d'accord je n'ai rien à leur répondre. L'image doit se défendre seule. Je n'ai rien à expliquer ni à justifier. Je dois dire que ce qui m'importe le plus, ce sont les témoignages de reconnaissance de mes modèles. Alors si mes peintures laissent froid un certain public, que m'importe !
Votre technique a toujours été l'aérographe ?
J'ai toujours été à l'aise avec cette technique. L'aérographe a été inventé il y a plus de cent ans et son principe remonte à la préhistoire. L'homme qui projeta des pigments avec la bouche sur sa main appliquée contre la paroi d'une grotte inventa le principe de la couleur projetée. L'aérographe a été beaucoup utilisé par les photographes pour retoucher et coloriser leurs tirages. Plus tard, des lithographes et des affichistes comme Cassandre l'ont également adopté pour faire les dégradés des affiches Art déco. La popularité de cet outil l'a toujours dévalorisé dans le cadre de la peinture contemporaine. Cet a priori stupide ne disparaîtra qu'avec le temps et grâce aux artistes qui l'utilisent. Depuis plus de vingt ans les mouvements artistiques urbains l'ont adopté. Je pense qu'avec l'avènement des techniques graphiques digitales, l'aérographe va enfin atteindre le statut d'outil "classique".
Avec quels matériaux travaillez-vous ?
J'utilise de la peinture et des encres acryliques, appliquées au pinceau en poil de martre et projetées à l'aérographe. Ces encres, comme l'aquarelle, permettent toutes les transparences et toutes les subtilités. Pigmentées, elles résistent à la lumière. L'acrylique est plus stable que l'huile et ne se craquellera jamais. Pour être sûr de la pérennité de l'œuvre, je travaille sur des papiers non acides…
Comment s'est passée votre première séance de pose ?
Je me souviens que j'étais très ému… Beaucoup de mes photos étaient floues ! Je me suis repris et j'y ai pris goût. Je crois que mes modèles aiment poser pour moi. Je reçois de nombreuses demandes de jeunes femmes qui aimeraient poser et se voir en peinture. Parfois je me dis que je fais un beau métier. D'autres fois, qu'il y a un prix à payer. Mais je l'accepte.
Comment s'organise une séance de pose ?
Je prépare ma séance en réalisant de petits croquis dans un carnet qui ne me quitte jamais. Là, j'élabore les poses et les mises en pages de mes futures images. La séance dure environ une heure. Les photos me servent de documents pour réaliser l'œuvre finale. Finalement il y a peu ou pas d'improvisation.
J'imagine qu'il y a des poses qui reviennent ou qui s'imposent naturellement ?
Cela fait partie de la tradition. Il y a des poses dites "classiques" comme la pin-up allongée, sur une chaise, ou au téléphone. À chacun de dessiner selon sa sensibilité et sa manière. C'est comme le paysage ou la nature morte, un exercice de style…
Que pensez-vous apporter de plus dans cette tradition de la pin-up ?
Tout en m'inscrivant dans la tradition de ce genre, j'accorde peut-être un plus grand respect aux modèles. Je tiens beaucoup à ce que l'image que je réalise ressemble au modèle que je peins. Je veux que le résultat soit l'exacte représentation de ces femmes à un instant donné. Mes aînés utilisaient plus le modèle comme matériel de travail. D'accord, elles m'aident à exécuter un beau tableau mais en même temps, je les représente comme elles sont. Elles deviennent le sujet et ne font pas que le servir. Je cherche avec elles à dévoiler leurs trésors de séduction.
Sentez-vous parfois, une étincelle au moment de la pose ?
Certains modèles m'inspirent plus que d'autres sans que je sache vraiment l'expliquer. La femme est un mystère… J'essaye de le comprendre et de retranscrire mon émotion en les peignant. Souvent, le modèle provoque en moi un désir qui s'estompe et disparaît totalement quand le tableau est fini. Je ne sais pas si c'est dû au fait de reprendre à mon compte leur séduction première ou de la reproduire mais le modèle perd alors son pouvoir de séduction … Jusqu'au jour où j'ai rencontré une jeune femme dont je n'ai pas réussi à épuiser le pouvoir.
Pourquoi avoir changé de support et de format ?
Cela vient tout simplement d'un besoin d'exprimer mon art avec plus de force, je veux laisser une trace de mon passage ici-bas. Les pin-up constituent pour moi une forme d'art à part entière. Ce n'est en rien de l'illustration puisque, par définition, il n'y a pas de texte. Tant que ce n'est pas de l'huile sur toile, les gens ont tendance à considérer que ce n'est pas de l'art. On associe trop souvent la technique et le support à l'illustration. C'est une erreur de mon point de vue. À partir du moment où j'ai choisi le sujet, le format, et où je n'ai aucune contrainte commerciale, on est loin du domaine de l'illustration…
On trouve aujourd'hui dans votre production des formats 130 cm x 89 cm sur toile. Comment vous est venue l'idée des grands formats, puis des plans rapprochés ?
Je pense avoir été soumis à l'influence de ma muse. Il n'y a pas eu de stratégie. Cela s'est imposé naturellement.
Vous n'avez pas peur de tomber dans une certaine folie ?
C'est le cas depuis longtemps. De toute façon, ce n'est pas normal de s'enfermer des heures voire des jours pour appliquer de la matière colorée sur un support. À un moment, je pense que techniquement je me trouverai face à un mur. Il faut une telle dextérité, une telle concentration que je présume qu'avec le temps elles s'amenuiseront. Comme celle d'un musicien virtuose qui vieillit, ma main perdra de sa sûreté. J'appréhende ce moment même si j'essaye aujourd'hui de ne pas trop y penser. L'hyperréalisme est pour moi un moyen de provoquer une émotion. Je recherche le choc visuel et l'émotion esthétique avant tout.
C'est limite névrosé…
C'est plutôt une sorte de quête impossible car on n'atteint jamais la perfection. Encore qu'on puisse penser l'atteindre avec le réalisme d'une photo… C'est toujours une interprétation.
Je crois savoir que vous détestez faire deux fois la même chose ?
Dans la mesure où je suis en recherche, je n'aime pas revenir au même endroit. La femme est un sujet inépuisable. Tant que je respecte la ressemblance du modèle, chaque tableau est différent. Il faut avant tout peindre pour soi, continuer à se surprendre, progresser, sans penser à ce qui va plaire… À mes débuts, j'ai fait beaucoup trop de dessins pour plaire. Aujourd'hui, qui m'aime me suive !
Que pensez-vous du fait qu'on puisse vous envier ?
Tant mieux si cela fait fantasmer. Beaucoup seront peut-être déçus de savoir que j'ai une vie de famille sage et rangée. Mais c'est comme ça…